Hello ! Voilà ici le premier chapitre, en français et en anglais, de mon livre Le Monde Inversé, premier tome de la tétralogie Les Imaginés, sorti en Août sur Amazon, et que vous pouvez trouver ici, uniquement en français pour le moment. En espérant que vous appréciiez ! 🙂

Les Imaginés - Le Monde Inversé | Beware the banana peel | lisaseneque.com

          Je suis morte à dix-neuf ans.

 

          Le temps n’était pas à l’orage. L’ambiance n’était pas chargée d’une tension presque palpable, du genre à vous hérisser le poil. Il n’y avait ni pluie, ni neige, c’était un doux soir d’avril. Je n’avais pas eu l’impression d’être suivie toute la journée, que quelque chose d’horrible allait arriver. Je n’étais même pas sur les nerfs. J’étais juste contente.

          Il était dix-huit heures, et tous les travailleurs rentrant chez eux s’étaient agglomérés sur le large pont, comme chaque jour, leur voiture avançant lentement sur l’asphalte chauffé par le soleil. J’enregistrai à peine la première secousse, et à bien y réfléchir, je doutais d’être la seule. J’étais en train de regarder un message que Reda m’avait envoyé, me demandant de ramener le pain. Perplexe, je lâchai mon portable sur le siège passager, et resserrai mes mains sur le volant, dénudé par l’âge et la chaleur, avant que la deuxième secousse ne se fasse sentir, ébranlant cette fois le pont au point de déplacer les véhicules à l’arrêt.

          Je voyais le monde commencer à s’agiter, et j’allais sortir du tas de ferraille qui me servait de moyen de transport lorsqu’une troisième secousse brisa les piliers qui élevaient le pont sur le côté droit. Avant même que je puisse réaliser ce qui se passait, une voiture qui se trouvait une minute plus tôt sur la bande de sens inverse m’emboutit dans le côté gauche.

          La force de l’impact m’envoya valser contre la portière côté passager, cassant mon avant-bras droit. Je n’eus pas le temps d’avoir mal ou de comprendre ce qui se passait, les autres voitures tout autour de moi glissant rapidement vers le bord affaissé du pont. Les cris s’élevaient de toutes parts, de plus en plus assourdissants.

          Ma voiture crissa bruyamment contre le béton, et la sensation d’être happée par le vide ne sembla durer que quelques secondes avant que le métal du véhicule ne rencontre brutalement celui de la rambarde. La voiture familiale qui m’était rentrée dedans ricocha une dernière fois contre le coffre avant de se retourner et d’aller se coller à son tour contre le rebord.

          Si le pont penchait ne serait-ce qu’un peu plus, nous allions tous tomber dans le fleuve. La réaction en chaîne à l’effondrement ne se fit pas attendre et les klaxons au loin m’indiquaient déjà que plusieurs accidents, possibles carambolages, étaient en train de se produire de chaque côté, sur la terre ferme.

          La douleur de mon bras cassé commença lentement à se faire connaître alors que j’observais avec une grimace peinée les réservoirs d’essences de certaines voitures prendre feu, les gens, paniqués ou hagards, s’extirpant tant bien que mal de leur siège. Je me frottai la tête sans comprendre, et une douleur soudaine m’indiqua que je m’étais ouvert le front. Une rapide inspection prouva que ce n’était pas la seule plaie que je venais de gagner.

          Ignorant mon bras et ce que je me doutais être une cheville foulée, je grimpai lentement vers le siège conducteur dont j’avais été éjectée quand l’antiquité que j’appelais ma ceinture avait lâché sous le choc. M’équilibrant entre le siège et le volant, je donnai un coup de pied dans la porte enfoncée de ma bonne jambe. Je dus m’y reprendre à trois fois mais la portière céda enfin.

          Les sirènes assourdissantes des pompiers et du SAMU semblaient plus proches maintenant que j’avais réussi à sortir de la voiture. J’arrivais même à en apercevoir les lumières dans la distance. Les feux des voitures autour de moi commençaient à prendre une ampleur qui me déplaisait fortement, leur chaleur étouffante me touchant le visage, et l’odeur de chair brûlée qui envahissait doucement l’espace prouvait que tous n’avaient pas été aussi chanceux que moi.

          Je voyais des personnes, adultes comme enfants, tenter en vain de faire bouger un proche qui ne se réveillerait jamais. Certains pleuraient à chaudes larmes tandis que d’autres encore essayaient de se rapprocher de la rive et des secours, slalomant tant bien que mal entre les voitures retournées et les corps éparpillés, glissant sur la route penchée.

          Je commençais à peine à réaliser la gravité et l’horreur de la situation quand je me retrouvai à terre, mon crâne sonnant douloureusement du coup violent que je venais de recevoir. Quelqu’un venait de me frapper à l’arrière de la tête et j’en ressentais l’horrible sensation jusqu’au bas de la nuque, sentant déjà la chaleur de mon sang couler le long de mon cou.

          Portant une main écorchée à ma tête, je me tournai, hébétée par le choc. L’homme était grand, construit comme une armoire à glace, engoncé dans un costume qui risquait de craquer à chacune de ses respirations. Des lunettes noires cachaient ses yeux et sa mine n’avait strictement rien d’engageant.

          Il m’avait frappée avec la crosse de son revolver. Je ne comprenais pas. J’ouvris la bouche, et il m’assena une claque retentissante, me renvoyant violemment au sol. Ma joue brûlait, je n’eus pas le temps de réagir.

          Il m’attrapa par l’épaule, me forçant sur les genoux, et le métal glacé sur ma nuque fut la dernière chose que j’enregistrai.

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